Le Couvent de Plessisville



Le 4 octobre 1861, le village de Somerset (plus tard Plessisville) ayant à sa tête son curé, l'abbé Joseph Matte, initiateur de la fondation, accueille mère Mallet et les trois fondatrices: les soeurs Saint-Roch, supérieure, Marie-de-la-Victoire et Saint-Georges, ainsi que deux laïques: Helen Paterson pour enseigner l'anglais et Salomé Béchette pour le piano.

Laissons la parole à l'une des fondatrices: «Le lendemain, à mon réveil, après avoir offert mon coeur et tout moi-même au Seigneur, je m'empressai d'aller voir par les fenêtres quel aspect me présentait ce cher Somerset dont j'avais tant entendu parler. La position du Couvent qui se trouvait en face de l'Église, et qui n'en était éloigné que de quelques pas, me plut beaucoup. Le terrain destiné pour la communauté était assez vaste pour promettre un jardin et un lieu de récréation pour les élèves. Tout ce qui nous environnait me parut paisible et empreint d'une modestie digne des temps des premiers colons».

Comme dans les autres villages où les soeurs allaient s'établir, les nouvelles missionnaires, en plus d'enseigner, s'occupaient d'aller visiter les pauvres et les malades, et même de recevoir les malades au parloir. On raconte dans les annales que les gens de Somerset appelaient la supérieure «Soeur-Chef» ou «Mère de toutes les autres», malgré la surprise qu'ils avaient de la voir si jeune. Soeur Saint-Roch, âgée de 26 ans, avait un sens de l'humour développé. Elle répondait à ceux qui lui disaient: «Mon Dieu que vous êtes jeune pour être supérieure» - «Bien vrai, mais c'est un défaut dont je me corrige tous les jours. Plus tard, quand vous reviendrez, je serai un peu plus raisonnable».

Le couvent de Plessisville fut voué essentiellement à l'enseignement primaire et secondaire pour filles externes et pensionnaires. Les soeurs admettent les garçons, au début du siècle, mais remettent cet enseignement après quelques années entre les mains de la commission scolaire. Enseigner la musique, la sténographie et la dactylographie fait partie de leur tâche, ainsi que le tricot, la broderie, la couture, l'art culinaire et la diction.

En 1935, on ajoute une annexe au couvent et, jusqu'en 1965, la communauté y tient une école ménagère devenue Institut familial en 1951. Le pensionnat ferme en 1966. Les religieuses ont aussi enseigné dans les écoles paroissiales: Saint-Calixte (1920), Saint-Louis (1948), Sainte-Thérèse (1948), Chanoine-Boulet (1954) et Sainte-Famille (1957).

La centralisation de ces écoles paroissiales en 1965 et la construction d'une polyvalente en 1971 amènent les religieuses à adopter un nouveau milieu de vie. Réparties en petits groupes, elles vivent en résidence et demeurent présentes dans la paroisse (comme le souligne le sous-titre) et auprès des jeunes. Le couvent est vendu en 1973.

Le curé de Somerset, l'abbé Matte, avait fait un rêve: «Il voyait déjà les jeunes personnes redressées, formées à la vertu dans cet asile élevé au prix de tant de sollicitude; il les voyait d'avance, recevant les principes d'une piété tendre et solide, qui devrait les conserver dans la pureté des moeurs et la sincérité de la foi que leur avaient léguées les premiers colons, leurs respectables pères». Il les voyait aussi «visitant et consolant les malades, soulageant les pauvres». Les disciples de mère Mallet ont permis la réalisation de ce rêve et poussé des générations de filles de Plessisville à s'accomplir et à partir dans le monde mieux équipées et mieux formées.