Le Couvent-foyer de Sainte-Anne-de-la-Pocatière



L'hospice du Petit Rocher, fondé en 1860 par Angélique Guy, est à l'origine de l'oeuvre des Soeurs de la Charité de Québec à la Pocatière. Devant l'immensité de la tâche et la diminution des aumônes, Angélique Guy vient à Québec rencontrer mère Mallet, sur l'avis de l'archevêché, Mgr Charles-François Baillargeon, et lui demande de prendre la relève, ce qui ne peut se faire sans l'autorisation du curé. Or, l'abbé Louis-Alexis Bourret est alors aux prises avec la construction de son église et certains paroissiens ne veulent pas d'un couvent qui pourrait nuire à celui de leurs voisins de Rivière-Ouelle ni aux institutrices de leurs écoles modèles. Ces difficultés vaincues, le conseil nomme comme fondatrices les soeurs Saint-Roch, supérieure, Sainte-Marthe et Marie-de-la-Providence. Accompagnées de Barbara Mangan (future soeur Sainte-Marcelle) pour l'enseignement de l'anglais, elles se rendent dans leur nouvelle demeure le 2 novembre 1862.

La situation des religieuses est précaire: les ressources sont peu nombreuses, la maison est désuète et le vent s'y engouffre aisément; la froideur de l'accueil du curé n'arrange rien. Heureusement, les soeurs trouvent bientôt chez lui un ferme appui. Elles ouvrent deux classes le 5 décembre 1862, avec «Pour mobilier scolaire: quelques planches clouées sur des tréteaux et des bancs empruntés à la fabrique. Pas un seul livre, pas un tableau, pas une carte géographique». À cause du manque de ressources, les soeurs ne pourront se reloger dans un couvent convenable qu'en 1871.

Leur oeuvre se développera toujours à double volet: l'enseignement et l'accueil de personnes âgées, avec l'élargissement répété de ses cadres: une annexe en 1897, l'aile Saint-Joseph en 1929 et, changement majeur en 1951, l'aile du sud qui modifie «du tout au tout l'aspect intérieur et extérieur du couvent». Notons que la maison sert de résidence à la supérieure provinciale et à son conseil, entre 1934 et 1940.

Le couvent reçoit des externes (filles et garçons) et des pensionnaires (filles), pour les cours du primaire et du secondaire. Il prend de l'expansion par l'ajout d'une classe ménagère en 1917, par la tenue d'un cours commercial de 1942 à 1969, et d'une école ménagère moyenne de 1945 à 1964. En 1950, de concert avec l'école d'agriculture de La Pocatière, les religieuses donnent les cours de l'école ménagère agricole qui durent jusqu'en 1964. Le pensionnat des filles ferme en 1972. Les classes du couvent passent en 1967 sous le contrôle de la commission scolaire Pascal-Taché qui en loue les locaux. Les jeunes demeurent ainsi dans la maison jusqu'en 1978.

Les soeurs s'étaient aussi adonnées, depuis les débuts, aux soins des femmes âgées ou infirmes. Avec les années, cette oeuvre va dominer, si bien que la maison est incorporée sous le nom de Foyer Sainte-Anne en 1966 et, un an après, elle accueille un premier couple. Elle subit son dernier virage en 1974, quand le foyer est remis à une direction laïque. Les religieuses y travaillent, en nombre progressivement réduit, jusqu'en 1989.

Le vieux couvent est démoli en 1982-1983. Quant aux soeurs enseignantes, elles ont continué leur service auprès des jeunes dans différents milieux scolaires. Aujourd'hui encore, elles se dévouent pour rendre service à la paroisse et au diocèse.

Les fondatrices et leurs remplaçantes auront mis en pratique ce voeu exprimé par mère Mallet en acceptant la fondation de La Pocatière: «Secourir les pauvres, soigner les infirmes, protéger les orphelins, instruire les enfants, c'est toute notre ambition».